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Concertist
Professor at
CNSM de Paris |
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Multi-instrumentiste
Afin d'éviter à mes futurs historiographes un long et fastidieux
travail d'investigation et de documentation, je me propose de laisser ici quelques pistes
qui devraient leur être de la plus grande utilité.
Le piano sur lequel jouait ma mère fut, dès mon plus jeune âge,
l'objet d'une irrésistible attirance. Mais, ayant mis au point une stratégie scolaire me
permettant d'effectuer au moindre effort le passage à la classe supérieure, mes parents
estimèrent que me faire donner des cours de piano risquait de compromettre ce fragile
équilibre, par le surcroît de travail que cela ne manquerait pas de me procurer.
Il me fallut donc attendre ma quatorzième année pour que la musique
me rejoigne, par la grâce d'un concert, celui de Charlie Parker au festival de Paris en
1949, et ma quinzième année, sous la forme d'un saxophone soprano. L'orchestre
Nouvelle-Orléans dans lequel mon frère jouait de la clarinette avait le plus grand
besoin d'un Sidney Bechet en culottes courtes. A partir de cet instant les statistiques
révèlent très nettement que le temps passé à faire de la musique l'emportait de
beaucoup sur celui que je consacrais à mes études de lettres. En 1960, je décidais de
les abandonner complètement. J'ai l'impression, encore maintenant, de n'avoir su
apprécier à leur juste valeur les charmes inimitables et les plaisirs quotidiennement
renouvelés des 28 mois 1/2 de service militaire qui s'ensuivirent.
1960-1970
Mon premier engagement professionnel me permit de jouer au prestigieux Club Saint Germain
pendant plus de 2 ans, tous les soirs, hiver comme été, avec matinées le samedi et le
dimanche. Ce fut mon "école de jazz", et ce n'est pas la pire qui puisse
exister puisqu'elle me permit de côtoyer Bud Powell, Kenny Clarke, Oscar Pettiford, Don
Byas, Éric Dolphy, Art Taylor, Freddie Hubbard... et tant d'autres.
Avec François Tusques, Bernard Vitet, Michel Portal, Beb Guérin, nous
fûmes les pionniers du free-jazz en France. Cette musique n'ayant aucune chance de nous
faire devenir millionnaires, je me déguisais de temps en temps en musicien de studio et
j'accompagnais même, je l'avoue sans la moindre honte d'ailleurs, de grandes figures du
show-business, et tout spécialement celle dont les initiales étaient C. F.
Mai 68, vous vous souvenez ? Son ambiance libertaire se traduisit en
musique par une grande bouffée d'air, un fort besoin de décloisonnement, un
irrésistible désir de mélange des genres.
1970-1974
J'acceptais donc l'offre qui m'était faite de me joindre à un groupe de pop-music. Ce
fut Triangle, un grand succès populaire, dans lequel je jouais surtout de la flûte et
des synthétiseurs et pour lequel j'écrivais paroles et musiques. Nos deux tubes, Viens
avec Nous et Peut-Etre Demain, sont encore dans la mémoire de beaucoup. Suite à de
sérieuses divergences esthétiques et à une gestion financière surréaliste, le groupe
se dispersa à la fin de 1974.
1975-1985
Je retournais à mes premières amours, en montant un quartet avec Michel Grallier,
Jean-François Jenny-Clark, Aldo Romano, je créais Pandémonium, un big band de recherche
et de création, je participais à un trio légendaire, le Trio Humair-Jeanneau-Texier et
au non moins prestigieux Quatuor de Saxophones avec Jean-Louis Chautemps, Jacques Di
Donato, Philippe Maté. Avec ces différentes formations, concerts et festivals n'ont pas
arrêté de s'enchaîner et les voyages dans le monde entier de se multiplier, pour mon
plus grand bonheur.
1985-2000
Fin août 85, je reçus un coup de téléphone du Ministère de la Culture me demandant si
j'étais intéressé par la direction musicale d'un grand orchestre, auquel seraient
donnés de décents moyens de fonctionnement mais dont il était impératif qu'il soit
crée en janvier 86. Que pensez vous que je fis ? J'acceptais. Ce fut une année
passionnante tout autant que délicieusement épuisante, celle de la première année du
premier Orchestre National de Jazz. Certains pensent qu'il fut le meilleur de tous, mais
ma modestie légendaire m'interdit de les suivre sur ce terrain.
De 1987 à 1991, je fus missionné à la Réunion pour m'occuper de la
mise sur pied d'un Département de Jazz et d'un Centre d'Informatique Musicale au
Conservatoire National de Région qui était en train de voir le jour. Je rapportais de ce
séjour un fort intérêt pour le maloya et pour la magie de ce pays.
A mon retour, de 1991 à 2000, j'entrais au Conservatoire National
Supérieur de Musique et de Danse de Paris, CNSM pour les intimes, à fin d'initier et de
développer un département de Jazz et Musiques Improvisées, dont le succès,
conséquence d'une conception pédagogique originale, s'accentue d'année en année. A mon
grand regret, je fus "atteint par la limite d'âge" en septembre 2000.
Parallèlement au CNSM, je participais à la Scène et Marnaise de
Création Musicale, dont les activités de création, de diffusion et de formation furent
multiples. Le POM, grand orchestre à géométrie variable, en fut la face la plus visible
de l'iceberg.
En septembre 2000, j'attaquais ma soi-disant "retraite" en acceptant pour 3 ans,
le poste de codirecteur musical dans l'Orchestre National de Jazz dirigé par Paolo
Damiani.
Les projets ne manquent pas, en particulier celui de la création d'un orchestre de jazz
mi-africain mi-européen, qui devrait voir le jour au festival de Saint Louis du Sénégal
en mai 2001.
Voilà pour l'instant, en résumé.
Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?
François JEANNEAU
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